

VIH en Russie : quand la discrimination alimente l’épidémie
Un cocktail explosif en santé publique
+ d’1 million de personnes vivant avec le virus
Avant même la guerre en Ukraine, la Russie faisait face à une épidémie de VIH inquiétante avec + d’1 million de personnes vivant avec le virus depuis 2016 (environ 1 % de la population, et jusqu’à 2 % chez les actifs).
Le blackout total des autorités sur les facteurs de risque, l’interdiction de soutenir les populations les plus exposées (notamment les personnes LGBTQIA+), ont favorisé l’augmentation du nombre de cas de personnes contaminées. Considérer comme « terroriste » les publics vulnérables, ainsi que la recherche d’information sur des sujets de santé comme le VIH, ne peut que constituer un cocktail explosif sur le plan de la santé publique.
Une incidence multipliée par 40 chez les militaires russes
Depuis février 2022, la guerre en Ukraine a aggravé brutalement la situation. Dans l’armée russe, le nombre de nouveaux cas de VIH a été multiplié par plus de 40 en un an. Les conditions au front (transfusions, matériel médical réutilisé, absence de suivi des traitements antirétroviraux, consommation de drogues injectables, violences sexuelles non protégées) accélèrent la transmission. Si un traitement efficace et régulier est un outil puissant pour contrôler l’épidémie, l’interruption du traitement favorise l’apparition de résistances du virus.
En Russie comme partout, de nombreux facteurs conduisent à une augmentation quand le système de santé peine à suivre : moins de la moitié des personnes séropositives reçoivent un traitement. Les budgets sont insuffisants. Les ONG ont été réprimées. La stigmatisation est renforcée (notamment contre les personnes LGBT et les usagers de drogues).
On estime que la Russie enregistre désormais 50 000 à 100 000 nouveaux cas par an, ce qui la place parmi les cinq pays du monde les plus touchés au monde (avec l’Afrique du Sud, le Mozambique, le Nigeria et l’Inde). Dans certaines régions, plus de 1 % des femmes enceintes sont séropositives, signe d’une épidémie généralisée.
Un déni d’État aux conséquences lourdes
Alors que penser de cette information concernant les soldats russes séropositifs ? Elle montre bien les conséquences d’une épidémie qui n’était pas à l’ordre du jour pour les autorités russes, même avant la guerre, et qui l’est d’autant moins en plein conflit. Une situation qui montre aussi les conséquences très concrètes de la LGBTphobie et de la discrimination envers les personnes séropositives.
À long terme, ce déni d’État pèsera lourdement sur la démographie, sur l’économie et sur le système de santé russe, mais aussi dans les zones où le viol constitue déjà une arme de guerre … comme en Ukraine.
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