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Et si je bois ?
11/01/2008

Quand on est séropositif, on n’a pas le droit d’avoir des rapports non protégés, on n’a pas le droit de fumer, on n’a pas le droit de prendre des drogues (en fait, personne !), il faut faire du sport, avoir une bonne hygiène de vie… A présent faut-il interdire aux séropos de boire ?

En fait non. D’abord parce que ça ne servirait à rien (les seuls séropos qui ne boivent pas sont ceux qui ne buvaient pas avant d‘être séropos). Mais aussi parce que les problèmes liés à l’alcool, pour la plupart, ne sont pas spécifiques aux séropositifs.

Evidemment, l’alcoolisme, la consommation excessive, la dépendance à l’alcool, constituent des problèmes de santé majeurs, qui concernent une large part de la population française, indépendamment du statut sérologique.

En quoi l’alcool pose-t-il des problèmes particuliers quand on est séropositif ?

En consommation ponctuelle et excessive, deux problèmes sont à redouter :

- l’alcool donne très rapidement des troubles de mémoire, et une alcoolisation peut amener à un oubli de prise des traitements. Ces facteurs de mauvaise observance peuvent être à l’origine d’échappement thérapeutique. Si on pense qu’une prise importante d’alcool est envisageable, c’est le moment d’utiliser les pense-bêtes habituels pour éviter les oublis (faire sonner le portable, prendre un pilulier avec alarme, compter sur un ami, etc.)
- l’alcool est un puissant désinhibiteur (c’est d’ailleurs pour cela qu’on en prend), et amène à prendre des risques qu’on ne prendrait pas habituellement et, en plus, on ne s’en souvient pas toujours. On ne saurait que recommander de ne pas trop forcer sur l’alcool lorsqu’il y a du sexe en vue…

La consommation régulière et excessive d’alcool pose les mêmes problèmes, qu’on soit séropositif ou séronégatif : dépression, carences, diarrhées, nausées, troubles neurologiques, insuffisance hépatique, cirrhose, cancer du foie…

La consommation excessive d’alcool pose quand même des problèmes spécifiques en cas de séropositivité :

- l’alcool est un immunodépresseur, et va donc renforcer l’immunodépression associée au VIH
- l’alcool altère les fonctions du foie, et va entrer en compétition avec les antirétroviraux
- l’alcool provoque des troubles neurologiques du même type que ceux induits par certains ARV (ddI, d4T par exemple), et risque donc de les aggraver
- et, toujours, les troubles de la mémoire, de l’attention, les dépressions, sont autant de facteurs de mauvaise observance du traitement et de prises de risque non contrôlées.

En cas de coïnfection VIH avec une hépatite chronique B ou C, la question prend une toute autre dimension. D’une part, le VIH accélère l’évolution des hépatites chroniques, et d’autre part, l’alcool, même à faible dose, produit la même accélération. La recommandation est, dans ce cas, d’éviter complètement l’alcool. Des prises minimes et très ponctuelles ne devraient pas avoir de retentissement majeur, à condition de rester exceptionnelles.

En résumé :

- en cas de coïnfection : pas d’autre alternative que de supprimer l’alcool
- en présence uniquement du VIH : faire bien attention aux conséquences d’une alcoolisation ponctuelle et importante. Autrement, une consommation modérée n’aura pas d’incidence majeure sur l’évolution de la maladie
- en cas de consommation excessive : les soins s’imposent, d’autant que le VIH et les traitements majorent les risques habituels encourus lors d’un alcoolisme chronique.